Pour la communauté noir, Harriet a été une belle conclusion à la fin d’année 2019. Ce film incroyable réalisé par Kasi Lemmons retrace une étape importante de la vie des afro-américains à l’époque de l’esclavage, et il nous interroge tous.

Le poids de l’histoire

Je n’aime pas le genre de film dont je vais vous parler aujourd’hui. J’aime vraiment pas. Non pas qu’il soit mauvais ou inutile, au contraire. Ils sont en général bien fait et surtout nécessaires.

Non, ce que je n’aime pas dans ce genre de film, c’est le poids qu’il me laisse sur la poitrine quand je finis de le visionner.

Harriet est un film historique qui  parle d’Harriet Tubman, une afro américaine qui a aidé, des années durant, des esclaves à trouver la liberté. Et lorsque la guerre de sécession eut lieu, elle combattit pour l’Union et fut une très grande espionne ainsi que l’une des rares femmes à commander une troupe de soldats.

Je ne sais pas comment mais très souvent, il m’arrive de me rendre compte que j’oublie non pas que les nôtres ont été esclaves mais plutôt ce qu’était l’esclavage de l’autre côté.

Ce n’était pas seulement avoir un maître et travailler pour lui pour éviter des coups de fouets. Non, c’était aussi lui appartenir, toi et tes enfants. Avant de te marier tu devais demander au maître, quand tu enfantais, tes enfants appartenaient au maître qui était libre de les vendre à d’autres plantations. Bref, c’était l’horreur. Cette horreur, Harriet s’est attelée à nous la rappeler. Et ce rappel, il fait mal, très mal. Je me suis retrouvé plusieurs fois à avoir des larmes qui perlaient le long de mes joues.

C’est un film assez poignant. En plus de m’apprendre l’existence d’Harriet Tubman, m’a permis de revoir certaines choses que j’avais déjà vue dans Racine d’Alex Halley. Tout n’est pas blanc ou noir. De la façon dont il existait des esclavagistes, de la même manière il existait des abolitionnistes. Et de la même manière qu’il y avait des noirs  comme Harriet, de la même manière il existait des noirs libres qui en pourchassaient d’autres. C’était terrible à voir.

Le film Harriet pour se rappeler

Bien-sûr, le film déforme la réalité et embellit certains aspects, c’est Hollywood après tout. Il nous appartient alors, en tant que spectateur averti, d’aller chercher les faits et de s’imprégner de ceux-ci. A partir de là, le film remplit son office. À savoir de rappeler et d’informer.

En regardant ce film, je n’ai pas pu m’empêcher de me demander, comment cela se fait qu’avec un passé aussi lourd, une soif de liberté aussi grande, la grande partie des afro-américains se soient autant perdus ? La réponse de mon cerveau a été rapide et cinglante:

Vous avez été colonisé, puis grâce à l’acharnement de vos aïeux et de ceux que vous appelez les  pères de l’indépendance, vous avez eu votre liberté. Une cinquantaine d’années plus tard, où en êtes vous? De plus vous avez vendu ces afro-américains, en quoi leur sort t’intéresse-t-il encore ?

Voilà pourquoi ,comme je le disais plus haut, je n’aime pas ce genre de film. Il crée trop de choses en moi. Des souvenirs, des questions, des sentiments, dont je préfère ne pas me souvenir, mais dont il est nécessaire que je me souvienne, que l’on se souvienne.

Ce film est un devoir de mémoire, une récit de ce que nous sommes, nous autres esclaves (nous payons un tribu de 50% de nos revenus a la France). Un rappel de ce que nous étions, un devoir de rattraper le temps et d’enfin avancer vers ce en quoi nos pères rêvaient. Je ne peux que vous le conseiller. 

L’héritage musical immortel

Il est excellent, et l’actrice, Cynthia Erivo, qui joue Harriet, est tout simplement éblouissante. Les chants qu’elle entonne à l’orée des champs pour signaler aux esclaves sa présence sont tout simplement saisissants.

Encore une fois, regardez ce film. En famille de préférence (adolescents et adultes). Quand à moi, je vous remercie et vous dis à la prochaine. Je vais essayer de dégoter les OST de ce film…